Claude Vuillemot

Du bicross en 1980 en passant par le BMX, une passion intacte.

1980

Le 17 mai 1980 je participais à la première compétition de « bicross » en France, je ne savais pas qu’un jour d’août 1987 allait devenir l’un des moments les plus émouvants de ma vie… (vidéo réalisée par M. Rougemont du club de Givors – Merci à lui).


Mon histoire dans le bicross…

Je suis originaire du petit village de Quincey en Côte-d’Or. J’ai passé toute mon enfance sur un vélo autant pour me déplacer et jouer avec mes copains, que pour reproduire ce que je voyais sur le terrain de motocross du village. Nous étions des grands fans de motocross et allions régulièrement voir ce qui se passait sur le terrain. Nous tentions d’imiter, avec nos vélos de fortune, les prouesses que réalisaient les pilotes de moto que nous admirions. Nous allions même jusqu’à organiser des courses entre nous dans le village. Nous étions une bande d’une dizaine de jeunes passionnés.

1. 1980 - avant le bicross

En 1980, il va y avoir un déclic dans ma vie. Ce déclic, je le dois entièrement à mon ami Vincent Dufouleur. C’était le printemps et Vincent venait d’avoir en cadeau un vélo de Bicross. Il s’agissait d’un Raleigh Grifter.

Raleigh

Nous étions évidemment tous en admiration devant ce vélo et nous ne rêvions que d’une chose : avoir également une monture toute aussi extraordinaire.

Un beau jour du mois de mai Vincent nous fait part d’une nouvelle réjouissante : une course de Bicross allait être organisée à Beaune ! Et la chose la plus importante, c’est que l’organisateur allait prêter des bicross. Cette annonce m’avait vraiment ravi au plus haut point. J’allais pouvoir participer à une compétition ! Le 17 mai 1980 allait être l’un des tournants de ma vie.

La compétition allait attirer une soixantaine de coureurs, dont quelques-uns venaient de Belgique et de Hollande, pour promouvoir ce nouveau sport en quelque sorte. C’est le cas de Gerrit Does qui avait introduit le bicross aux Pays-Bas, notamment par le biais de son beau-frère Pierre Karsmakers qui était un pilote renommé en motocross. Mais quel était le lien entre Gerrit et René ? Ce dernier possédait un magasin de motocross à Beaune : « loisirs mécanique ». René y revendait des motos de la marque Husqvarna, dont l’importateur était Marcel Seurat, implanté à Beaune. On voit donc qu’il y a eu un lien direct au départ entre le motocross et le bicross.

1980 - pub Loisirs mécaniques

Quand on parle de compétition il faut bien s’imaginer que cela n’a rien à voir avec ce que l’on peut trouver aujourd’hui. René Nicolas était l’organisateur. Il avait mis en place sur une esplanade en gravier (Les Mondes Rondes à la Montagne de Beaune), un parcours jalonné par des banderoles, sur lequel était également disposés 3 tremplins fabriqués avec des tables en bois prêtées par la ville. Une échappatoire permettait d’éviter de passer sur l’un des tremplins les plus raides, afin de ne pas mettre en danger les plus jeunes.

2.0. plan piste

La grille de départ était faite avec 2 planches de bois liées entre elles par de vulgaires charnières. A une des extrémités un manche permettait de garder la grille à la verticale en attendant de lancer le départ. Nous étions 4 coureurs à nous élancer en même temps. Pour ceux qui ne s’imaginent pas du tout : nous partions sur un chemin, à plat et avec un pied au sol. Les commandements de départ étaient crié par le starter : « Riders, Ready, Go ! »

Ci-dessus, Olivier Imbert sur l’un des tremplins. (Photo Fabmx1)

Dans la catégorie où j’étais inscrit, Lammert Moerman, un hollandais faisait figure d’épouvantail. Pour la petite histoire, Lammert possède actuellement une société (JEE-O) qui est un des sponsors de plusieurs pilotes hollandais en 2019, dont la championne du monde Laura Smulders.

2. 1980 - 17 mai

Mais revenons à la course. C’était palpitant, toute cette adrénaline. Certains s’épanouissent et vibrent avec un instrument de musique, en écrivant ou en faisant de la cuisine, moi j’ai très vite compris que le vélo était le prolongement naturel de mon corps. Que c’était lui qui éditait le lien avec le monde qui m’entourait. Il était à la fois mes racines et ma raison d’être. Mon tempérament est celui d’un battant, peut-être même d’un gagneur ? Alors, j’avais abordé cette épreuve avec l’envie folle de victoire, même si face à moi il y avait ce coureur hollandais déjà expérimenté. Je suis donc passé par des étapes de qualification que j’ai remportées puis au moment de la finale, toute l’expérience et la condition physique que j’avais pu acquérir en roulant sur mon vélo trafiqué, allait finalement me permettre de gagner cette première compétition organisée en France. Ce fût certainement l’un des plus émouvants jour de ma vie. En tout cas, il restera gravé à jamais, car il a représenté un point de départ à tout ce que j’ai pu vivre ensuite grâce à ce sport.

3. 1980 - 17 mai podium

Me voici avec mon premier trophée. A gauche, Lammert sur la 2ème marche du podium et à droite, Franck Darfeuille qui termina 3ème.

4. 1980 - 17 mai résultats

On peut noter certains grands noms déjà présents, comme Olivier Imbert qui sera longtemps une des stars des années 80, avant de s’arrêter et de revenir avec tous les grands succès qu’on lui connait depuis les années 2000 jusqu’à aujourd’hui (article écrit en 2020).

Le petit trophée représentait plus qu’une victoire, mais peut-être aussi et surtout une forme d’émancipation. Réussir à se hisser sur la plus haute marche d’un podium, fusse-t-il dénué d’importance aux yeux de tous, c’était tout de même pointer un horizon nouveau avec peut-être d’autres défis à relever. Personne ne savait au soir du 17 mai quel serait l’avenir. Personne sauf peut-être René ? Car lors de cette première manifestation, des coureurs étaient venus d’Alsace. Ils avaient dû prendre contact pour envisager une future compétition ? Je ne le savais pas encore.

Trophée 17 mai

L’étape suivante ? Je n’osais l’imaginer. Revenir avec un trophée, c’était bien mais je n’avais pas de vélo de bicross. Après avoir, le temps d’un weekend, roulé sur cet engin formidable, j’avais vite été replongé dans la réalité avec mon vieux vélo. Posséder un vrai bicross, c’était mon rêve le plus profond. Nous n’étions pas une famille qui roulait sur l’or et ce n’était pas dans mes habitudes de réclamer des objets onéreux. Mais ma maman, avait compris qu’elle ne pourrait pas plus me faire plaisir qu’en m’achetant un bicross.

6. 1980 - juin 1er bicross (2)

Resituons le contexte. Nous avons évoqué le lien étroit avec le motocross. L’une des revues phares de l’époque était « Moto Verte » et l’un de leurs journalistes était allé faire un reportage aux USA. Alain Kuligowski y avait découvert un nouveau sport : le BMX (Bicycle Moto Cross), né dans les années 1970. Il avait rapporté des States, un des vélos de BMX. Il s’agissait d’un mongoose. Celui-ci arriva à Beaune chez Marcel Seurat qui décida de le répliquer pour en lancer une série. Il s’agissait des premiers bicross. Ci-dessous : un article du journal local de Beaune (archive de Philippe Nicolas) où Marcel Seurat présente son projet.


La première série était grise puis le légendaire « bicross » fut construit dans un rouge vif. Ce fut mon premier bicross avec le sticker « Bicross » collé sur la plaque.

5. 1980 - juin 1er bicross

La fièvre du bicross commençait à se répandre au-delà de la Bourgogne. Un certain Yves Theubet qui possédait un magasin de vélo allait organiser le second grand événement. A peine un mois après la course de Beaune, nous allions nous retrouver à Altkirch en Alsace pour une nouvelle compétition. C’était parti.

15 juin 1980

Un pré avait été aménagé. Nous roulions en totalité sur de l’herbe. Rien à voir avec les pistes actuelles, si roulantes. Les organisateurs avaient tondu une bande de quelques mètres de large afin de délimiter le parcours.

7. Altkirch-juin80 (1)Le départ était sur une portion plate puis après deux virages, nous étions aidés par le terrain en pente qui nous donnait de la vitesse. Il y avait encore des obstacles en bois. Ce fût une journée pluvieuse et je me souviens avoir fait une belle chute. En effet, le tremplin était placé juste après un virage, dans une partie en pente et nous arrivions avec pas mal de vitesse. La pluie avait rendu les planches si glissantes, qu’il fallait à tout prix arriver dans l’axe. Lors d’une manche qualificative, je m’étais un peu précipité, arrivant en biais et ce qui devait arriver arriva : je m’étais retrouvé par terre sans avoir eu le temps de voir venir la chute.10. 1980 - 15 juin Altkich (4)

Comme vous pouvez le constater sur la photo ci-dessus, ce sont des bottes de paille qui permettent de délimiter le parcours. Après le départ, il y avait un 90 à gauche, suivi d’un 180 à droite. Je ne souviens plus précisément de l’enchaînement des virages suivants mais la seconde partie était plus agréable physiquement en raison de la pente qui nous aidait.

11. 1980 - 15 juin Altkich (3)

A cette époque, sur un tremplin ou une bosse, il fallait sauter. Nous n’avions pas du tout la même logique. Rien à voir avec le souci de la performance. Il fallait faire un saut, pour le plaisir, pour l’adrénaline.

Je me souviens encore de cette virée en Alsace. C’était l’une des premières fois que je quittais le cocon familial. Dormir sous une tente, pique niquer, partager des aventures. Une nouvelle vie pour moi. J’avais découvert des nouveaux horizons, de nouvelles personnes et j’allais renouer encore avec la victoire.

Les pionniers sont ici ! De gauche à droite : René Nicolas, Fabrice Perez, Yann Dufouleur, Claude Vuillemot, Vincent Dufouleur, Pascal Giboulot, Anne-Lise Nicolas et Yves Theubet. Nous étions encadrés par deux personnes qui ont été de véritables artisans de la naissance du bicross. Merci à eux !

20 juillet 1980

Les premières bases avaient été posées. Mais maintenant, comment tout cela allait il évoluer ? Il fallait des infrastructures. Aux USA, il existait des terrains adaptés pour la pratique.

Il n’y avait à l’époque que peu d’informations en provenance d’outre atlantique. Et pourtant, la ville de Beaune, le berceau du bicross, allait franchir un nouveau cap : se lancer dans la construction du premier terrain en France.  Il avait été implanté là où actuellement, il y a une zone commerciale avec notamment le magasin Gamm Vert. Élaboré un peu au feeling, influencé par les pistes de motocross mais également induit grâce à quelques rares images ou dires en provenance des USA, ce premier terrain allait naître au début du mois de juillet 1980.

La construction s’était appuyée sur les matériaux existants sur place. La terre extraite à plusieurs endroits avait permis de réaliser bosses et surtout virages relevés, grandes premières pour l’époque. Ci-dessous le premier virage de la piste qui avait une forme de « u » dans un « u ».

N’étant pas encore un sport reconnu, on peut aisément comprendre que la construction ait été pensée avec les moyens du bord, en allant au moins coûteux et au plus rapide. C’est la raison pour laquelle le constructeur avait légitimement creusé des cuvettes qui descendaient progressivement sous le niveau du sol. La terre recueillie avait été placée juste à la fin de la cuvette. Cela permettait de créer une bosse plus haute sans avoir de terre à rapporter. Système ingénieux. On voit ci-dessous la première bosse du terrain. Je suis à droite sur la photo.

Pour revenir aux bosses « cuvettes », c’était un système ingénieux en ce qui concerne la construction, mais périlleux à utiliser. Cette bosse était assez capricieuse à dompter car elle nous envoyait sur l’avant. Il n’y avait pas encore de techniques. Les deux roues étaient tout le temps au sol. Pas question de faire un cabré et encore moins un manual. Nous ne savions pas faire ça. Nous ne savions pas que cela pouvait exister. Nous ne pouvions que subir le relief. Au fil des passages, nous avions compris qu’il fallait placer le corps un peu plus en arrière. Personne n’était là pour nous conseiller, nous briefer, réguler nos actions. Pas de coachs ! Tout était nouveau, neutre, vierge et nous étions de purs autodidactes par rapport à la technique. Si les plus jeunes lisent ces lignes, qu’ils se rendent comptent que les seuls moyens de se voir pour se corriger, c’étaient des photos que nous ne pouvions consulter qu’après un temps de développement, parfois de quelques jours, parfois de quelques semaines ! Pas de téléphone ou de tablette pour revisionner notre course immédiatement après !

C’était bien ces bosses avec une cuvette mais vous pouvez imaginer qu’en cas de mauvais temps, ça faisait piscine. Le 20 juillet, un orage éclata et au beau milieu de la course, les cuvettes se remplirent d’eau. Qu’à cela ne tienne. Des parents étaient allés chercher des pompes et avaient vidangé les creux, pour que très rapidement la course puisse reprendre.

Sur la photo ci-dessous, on remarque les parapluies et les cirés en plein mois de juillet. A noter également la grille de départ qui était toujours de la même conception. Elle pouvait accueillir 5 coureurs à la fois.

Pour cette seconde compétition, il y avait un peu plus de monde, tant dans les participants que dans les spectateurs, curieux, qui étaient venus découvrir ce sport. Il faut dire que l’effet de mode a énormément joué en faveur du bicross à ses débuts. La presse locale avait annoncé la course quelques jours auparavant.

A l’occasion de cette troisième course, j’avais à nouveau réussi à me hisser en tête de la catégorie des cadets, devant un certain Christophe Delarche qui avait un an de moins que moi, mais qui accélérait super fort. Par la suite, il fera partie du fameux « team number one » puis sera pilote officiel Skyway. J’y reviendrai plus tard.

Sur la photo ci-après, on peut remarquer René Nicolas (en gilet gris clair derrière la petite fille en robe blanche). Je ne serai peut-être jamais assez reconnaissant pour la passion de cet homme, qui non seulement a lancé le bicross en France, mais m’a soutenu, épaulé, aidé, à mi-chemin entre un grand frère et un père.

Parmi les noms qui apparaissent pour la première fois, on note Christophe Bellang de Beaune, Nicolas Schreiner et Thierry Fritz d’Alsace qui feront encore parler d’eux un certain temps.

7 septembre 1980

Trois compétitions avaient déjà été organisées. Au rythme d’une par mois environ. Au niveau déplacement, après le périple alsacien, la nouvelle étape qui nous était proposée n’était pas très éloignée de Beaune. En route pour aller découvrir la nouvelle piste à Autun (71).

Quelle excitation de mettre le réveil pour aller participer à ce genre d’épreuve. C’était quand même plus attractif et motivant que de se lever pour aller au collège ! C’était un dimanche matin, vers les 7 heures et je me rendais à vélo chez mon ami Vincent Dufouleur. Nous aidions son père qui possédait une camionnette dans laquelle, nous avions entassé tous les bicross.

Il y avait assez peu de nouveauté dans mon équipement. Je dois dire que j’étais assez ravi de pouvoir inaugurer mon nouveau casque Pro-Tec, équipé d’une mentonnière. J’étais protégé au niveau de la tête, mais toujours pas de gants. Le règlement ne précisait pas l’obligation de cet équipement.

La piste était très roulante : en terre comme toutes les pistes de l’époque. Sa particularité était sa construction sur une parcelle de terrain très étroite et sur une colline, à proximité du lac. La première partie était toute en descente. Puis il fallait remonter tout le dénivelé ! Une piste physique qui faisait très mal aux jambes.

A la pause de midi, on avait eu droit à une nouveauté : un concours de roue arrière. On nous l’avait annoncé au micro. Pas besoin de s’inscrire. Rendez-vous sur la route qui longe le terrain. Les parents s’étaient placés sur les côtés et nous passions au milieu d’une sorte de haie d’honneur sous les encouragements. Il y avait deux techniques : ceux qui préféraient faire debout et d’autres assis. Chacun avait eu droit à deux passages. J’avais du réussir une trentaine de mètres. Philippe Nicolas était très à l’aise sur ce genre « d’acrobatie ». Il me semble que c’est lui qui avait remporté le concours. Nous étions heureux de vibrer au rythme de ces petits à cotés, tels des participants à une kermesse qui découvrent un nouveau stand de jeu et qui prennent du plaisir dans de simples défis.

4ème compétition et nouvelle victoire !

20 septembre 1980

Les compétitions allaient s’enchaîner avec des nouvelles terres à découvrir. Le 20 septembre, le déplacement nous conduisait dans le territoire de Belfort, pour nous rendre à Delle : 5ème compétition officielle.

Sur ces terres du Grand-Est, il y avait de nombreux et talentueux coureurs. Dans ma catégorie, je découvrais de nouveaux adversaires à chaque nouvelle confrontation. C’était le cas de deux féroces concurrents : à gauche Francis Petersen et à droite Thierry Fritz.

9 novembre 1980

Une 6ème compétition fût organisée pour clôturer l’année, avec à nouveau un retour à Beaune. La ville voyait un nombre croissant de coureurs et il paraissait légitime de renouveler les rencontres « à la maison ». Depuis l’investissement dans le nouveau terrain, il était aisé d’organiser une rencontre, car la structure existait. Le nombre de participants allait croissant avec un record de 83 coureurs engagés.

L’article du journal local traduit très bien l’état d’esprit qui pouvait s’immiscer dans les têtes de certains participants et peut-être des parents. Le lien avec la moto était toujours très présent. Certains faisaient du bicross parce qu’ils ne pouvaient pas faire de la moto. Personnellement, cela ne correspondait absolument pas à mes désirs. Mais à Beaune, le motocross était très implanté. Pour moi, il n’y avait aucune ambiguïté, je continuerais le bicross, parce que j’estimais que c’était un sport à part entière. Certes pas encore développé, ni médiatisé, mais il possédait toutes les caractéristiques pour devenir plus qu’un loisir ou un phénomène de mode.

Pour cette dernière épreuve de l’année, en plein mois de novembre, il ne fallait pas s’attendre à une météo radieuse. C’est donc encore sous la pluie que nous allions en découdre. Je bouclais l’année sur un 6 sur 6 au niveau victoires.

1981… à suivre….

%d blogueurs aiment cette page :